MUCEM & DUBUFFET : L’ART BRUT

Jusqu’en septembre le MUCEM rend hommage au représentant français de l’art brut : Jean Dubuffet (1901-1985).  Le nom choisi pour l’exposition est évocateur afin de qualifier son oeuvre : « Un barbare en Europe ». Le terme « barbare » est originaire de la Grèce antique et désigne celui qui ne parle pas la langue ou vivant hors de la cité. Ce qualificatif permet de comprendre la démarche de l’artiste à la fois subversive et contestataire envers la tradition culturelle occidentale. 

Jean Dubuffet se mettait en marge des codes et valeurs de l’histoire de l’art dans le but de renouveler l’art. Dans cette optique, une partie de l’exposition compare la démarche et les recherches de l’artiste à celle d’un ethnographe. L’artiste français s’intéressait à des oeuvres singulières en marges des conventions de l’art et de notre civilisation. Il a porté son regard sur des oeuvres issues de l’esprit des enfants, des hôpitaux psychiatriques, des prisons ou, des campagnes reculées. Cette méthode donne à son art toute sa « brutalité » et son originalité. Pour nous faire contempler l’humanité l’artiste attire notre attention sur « l’homme du commun ». Cet homme est d’abord celui du quotidien ne possédant aucune prédisposition pour apprécier l’art. De plus, l’humanité que souhaitait retranscrire l’artiste est l’homme spontané, pris par ses impulsions. En chacun de nous réside cette puissance créatrice. Selon lui, cette part spontanée de l’homme est étouffée par la tradition culturelle élitiste.

Cette vision de l’homme ne passe pas seulement par la peinture mais par l’ensemble des arts. Il était artiste total. Dans ses oeuvres, l’artiste avait choisit d’investir cinq domaines : le point de vue, le langage, la musique, les systèmes de croyances et les valeurs de l’art. D’abord, l’artiste condamnait la tradition occidentale savante qui fait primer l’écriture sur l’oral. Il a déconstruit dans ses écrits notre interaction avec la mise en page traditionnelle et propose une écriture phonétique. Puis, par la sculpture et la peinture, il a utilisé des matériaux originaux comme le panneau stratifié de l’Ontogenèse (1974). Il a remis en cause notre rapport à la perspective hérité de la Renaissance en utilisant une multiplication des points de vue afin de représenter un objet ou, en confondant fond et forme. Enfin, pour interroger notre rapport aux croyances et aux valeurs occidentales, Jean Dubuffet a proposé un regard nouveau sur notre vie courante. Pour cela, une partie de son oeuvre fut consacrée au métro. Afin de changer notre perception du quotidien, il a tenté de capturer le métro sur le vif grâce à la peinture. L’artiste nous met face à l’étrangeté de ce lieu urbain comme un « fleuve de fer et d’électricité » où la routine nous fait oublier notre spontanéité et notre originalité. 

Pour conclure, cette exposition permet de sensibiliser le visiteur sur un moment crucial de l’histoire de l’art de manière ludique. En effet, la compréhension des oeuvres ne demande pas nécessairement des connaissances savantes. Le néophyte pourra s’étonner de l’originalité des formes, couleurs, et matières utilisées dans ses oeuvres. Tandis que, l’initié, pourra s’intéresser aux explications sur la démarche artistique qui fait écho aux cubisme et à l’expressionnisme allemand dans la recherche vers les arts premiers; c’est à dire, une recherche aux sources de la créativité humaine.