Angèle : Voix de femmes

Angèle posant avec son album Brol (2018)

Une sortie remarquée pour la jeune artiste belge Angèle, avec son nouveau clip Balance ton quoi réalisé par sa photographe Charlotte Abramow. Il convient d’analyser le message délivré par l’oeuvre et sa résonance au sein du débat public.

Cette oeuvre résonne depuis l’affaire Weinstein en octobre 2017. La lutte contre le harcèlement et le sexisme est au centre des préoccupations. Par ce clip, l’artiste francophone dénonce ces comportements avec un sens esthétique et humoristique. En effet, le clip demande au spectateur de garder espoir en une société plus égalitaire. Cet espoir est permis car la vidéo traite du fond et de la forme du débat contre le sexisme. Le fond du problème est la réduction de la femme au biologique. Ainsi, cette conviction se manifeste avec des revendications sur le droit à disposer de son corps, et, la dénonciation d’images ou stéréotypes entretenus par le collectif. De ce fait, cette oeuvre musicale et vidéo propose de projeter un vivre ensemble paritaire et respectueux. Cette projection ne peut être légitime que si l’on envisage une conversion des mentalités et des institutions.

Par conséquent, dès les premières images le fond est illustré. La vidéo commence par Angèle affublée en princesse. Cette image de la princesse tend à réduire les femmes à leur appareil génital. Depuis plusieurs siècles a pu s’imprimer le stéréotype de la princesse des contes qui attend passivement le prince afin de lui donner des héritiers et affronte seule les tâches domestiques. Les paroles qui accompagnent ce passage sont elles aussi explicites : « 2018 j’sais pas c’qui t’faut, Mais je suis plus qu’un animal ». Réduire les femmes au biologique en les limitant aux tâches domestiques est une infantilisation qui nie leur liberté et leur mobilité sociale. À ce sujet, l’artiste tourne en dérision cette image de princesse en maltraitant son déguisement et adoptant une gestuelle provocante. 

Ce traitement humoristique renvoie à la lutte actuelle contre les discriminations et les stéréotypes. En effet, le clip tourne en dérision trois instances : la justice, l’éducation, et la morale. On voit d es juges remplir des décrets par des « bla-bla ». Cela suggère le débat sur le consentement : la cause du viol est toujours le violeur et non la victime. La position inverse vise à rendre responsable la victime. Pour cela, l’argumentaire s’appuie sur les tenues vestimentaires jugées trop provocantes. Cette position déposède la femme dans son droit de disposer de son corps. Ensuite, on peut poser notre regard sur l’apparition du jeune acteur français Pierre Niney au sein de « l’anti-sexism academy ». Malgré ses bonnes intentions ce personnage blessé d’avoir été coupé dans sa prise de parole adopte un comportement sexiste en qualifiant sa camarade de classe d’hystérique. Plus précisément, cette insulte porte en elle un sens discriminant. À l’origine, l’hystérie fut considérée comme une maladie utérine et, exclusivement féminine. Le traitement dispensé était le mariage pour les jeunes filles, le remariage pour les veuves. L’idée discriminante est que, par nature, la femme est dépendante d’un homme afin de rester « saine d’esprit ». Cela va à l’encontre de la volonté d’une femme qui souhaite se construire hors de la sphère domestique. Par exemple, il existe encore l’idée qu’une femme, délaissant la sphère domestique, pour se réaliser dans son travail sera « aigrie » ou « frigide ». Cette conception conserve encore un crédit populaire. Ainsi, l’éducation et la morale sont les deux autres piliers suggérés permettant de prétendre à une conversion des esprits vers le respect et l’égalité. Comme le laisse entendre le refrain, un changement graduel des mentalités et des institutions nous permet d’espérer : « un jour peut-être ça changera ».

En définitif, ce clip sensibilise sur le devoir pour chacun d’inspirer une humanité meilleure. La vidéo qui semble de prime abord légère, avec une esthétique pop, des couleurs et des costumes étincelants, parodiant les institutions, délivre en fin de compte un message essentiellement humaniste. 

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